Mesdames et Messieurs les députés,
Avant toute chose, merci. Merci à celles et ceux d’entre vous qui ont pris le temps de nous écouter, de rencontrer nos membres, de venir entendre les premières personnes concernées. Merci pour votre présence et pour votre attention. Car cet après-midi, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, vous discuterez, vous amenderez, vous voterez le texte sur l’aide à mourir.
Et si nous sommes là, aujourd’hui, c’est parce que nous sommes celles et ceux que ce texte désigne comme « éligibles ». Nous sommes celles et ceux pour qui, demain, la mort pourrait devenir une option socialement acceptable. Ce sont de nos vies dont vous allez débattre.

Ce texte parle de liberté.
Mais quelle liberté réelle existe face à un système hospitalier en crise ?
Quelle liberté est garantie quand l’accès aux soins est inégal ?
Quelle liberté peut être éclairée quand la prise en charge de la douleur n’est pas assurée pour tous ?
Une liberté sans alternatives n’est pas une liberté.
C’est un choix par défaut.
Est-ce cela, la liberté républicaine ?
Ce texte parle aussi d’égalité.
Mais peut-on parler d’égalité quand on se voit refuser l’accès à des soins dentaires pour trouble de la déglutition, nous laissant encore attendre des mois pour trouver dentiste ? L’égalité est-elle garantie quand le financement de notre fauteuil dépend d’un processus administratif interminable auprès de la MDPH ?
Et face à ces inégalités, certains proposent comme réponse la mort provoquée.
Est-ce cela, l’égalité républicaine ?
Enfin, ce texte parle de fraternité.
Mais nous avons entendu, lors des débats en commission des affaires sociales, que l’avis des proches n’aurait pas sa place, au motif que cette décision relèverait de « l’intime ». Ces mots sont une faute grave. Car ce n’est pas protéger une personne que de l’isoler. C’est l’abandonner au moment précis où elle est la plus vulnérable.
Notre fragilité, qu’elle naisse de la vieillesse, de la maladie ou du handicap, appelle à davantage de fraternité
Dans notre vie quotidienne, les proches ne sont pas une menace. Ils soutiennent. Ils accompagnent. Ils tiennent la main.
Nous ne sommes pas des îles isolées. Nous sommes des presqu’îles, reliées les unes aux autres.
Est-ce cela, la fraternité républicaine que propose ce texte ?
Non. Ce texte divise. Il divise les familles. Il fragilise les chaînes de fraternité qui nous relient.
Mesdames et Messieurs les députés, votre vote dira quel regard notre société porte sur la fragilité. Ce vote ne devra pas être un vote technique.
Au nom des premiers concernés,
au nom de celles et ceux dont la vie pourrait devenir une option,
nous voulons vous dire ceci : la dignité n’est pas conditionnée à l’autonomie, ni à la performance, ni à la manière dont nous mourrons.
Choisissez de prendre soin. N’adoptez pas ce texte.
Liberté.
Égalité.
Fraternité.
Que ces mots ne deviennent jamais, pour les plus fragiles d’entre nous, une promesse trahie.
Louis Bouffard, co-président des Eligibles et de leurs aidants, 17 février 2026